Home Culture [INTERVIEW] Kenji Itoso et Kazuya Kamenashi font redécouvrir le vin aux Français avec l’anime “Les Gouttes de Dieu”

[INTERVIEW] Kenji Itoso et Kazuya Kamenashi font redécouvrir le vin aux Français avec l’anime “Les Gouttes de Dieu”

by Celia Cheurfa

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Comment faire ressentir le goût d’un vin à travers une image ? Comment traduire ses arômes, sa texture et les émotions qu’il suscite sans jamais pouvoir le faire goûter au spectateur ? C’est tout le défi relevé par l’adaptation animée des Gouttes de Dieu, œuvre culte imaginée par Tadashi Agi et Shu Okimoto, qui s’offre aujourd’hui une nouvelle vie après le manga et une première adaptation en drama. Pour donner corps à cette nouvelle version, le réalisateur Kenji Itoso s’est entouré d’un interprète qui connaît déjà intimement son personnage : Kazuya Kamenashi, qui incarnait Shizuku Kanzuki dans la série live-action de 2009 et lui prête désormais sa voix. Une étonnante boucle se dessine alors entre l’acteur et son personnage : tandis que Shizuku découvre peu à peu les secrets du vin, Kazuya Kamenashi se lançait lui-même, pour la première fois, dans l’univers du doublage.

À l’occasion de leur venue à Japan Expo, nous avons pu rencontrer Kenji Itoso et Kazuya Kamenashi pour échanger autour de cette nouvelle adaptation, de la difficulté de donner une réalité sensorielle au vin par le son et l’image, mais aussi de leur rapport personnel à une œuvre qui mêle avec autant de passion l’œnologie aux relations humaines. Entre interview et conférence de presse, les deux hommes reviennent également sur la genèse de ce projet, la place de la nostalgie dans une adaptation contemporaine et le lien singulier qui unit cette œuvre à la France, terre de l’œnologie.

Bonjour, pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Kazuya Kamenashi : Je m’appelle Kazuya Kamenashi, et j’interprète la voix de Shizuku dans Kami no Shizuku (Les Gouttes de Dieu).
Kenji Itoso : Je suis le réalisateur des Gouttes de Dieu, Kenji Itoso.

Les Gouttes de Dieu est un manga très apprécié, mais aussi une œuvre qui développe une approche très sensorielle du vin, et donc réputée comme étant difficile à adapter. Aviez-vous des craintes en commençant à travailler sur ce projet ?

Kenji Itoso : En effet, c’est un projet qui est assez difficile à adapter d’autant plus que nous avons fait le parti pris, en accord avec les auteurs, de retirer quelques éléments de l’œuvre originale. Le fait de travailler avec les auteurs du manga nous a permis d’aboutir à quelque chose de très cohérent, qui rappellerait des souvenirs. Mais il est vrai qu’il est assez difficile de faire ressentir des goûts, des parfums, des arômes et des textures. Donc il était essentiel pour nous d’arriver à trouver le bon équilibre entre le son et l’image. Nous avons donc joué principalement sur ces deux éléments pour parvenir à donner naissance à une forme de réalité olfactive provenant non pas du nez, mais bien de la vue et du son.
Kazuya Kamenashi : Il est vrai que transmettre tout ce que l’on peut ressentir lors d’une dégustation était l’un des enjeux principaux de l’anime. Tous ces aspects peuvent constituer le déclic qui permet de pénétrer dans le monde du vin. Et on souhaite réussir à transmettre ces émotions visuellement.

L’œuvre est connue depuis plus de vingt ans. Comment avez-vous pensé cette adaptation pour satisfaire à la fois les lecteurs de longue date et un public qui découvre Les Gouttes de Dieu aujourd’hui ?

Kenji Itoso : Bien sûr, nous avons voulu satisfaire les premiers lecteurs, mais de la même façon qu’un vin évolue, certains de nos choix ont évolué avec le temps par rapport à l’œuvre originale. Il était toutefois important de concerner le côté nostalgique du manga. C’était l’une des questions à laquelle nous avons dû faire face : “Quels éléments nostalgiques de l’œuvre originale dois-je conserver sans que cela ne soit dérangeant pour l’adaptation de 2026 ?” Pourquoi cette question s’est-elle posée ? Prenons l’exemple de l’immeuble Alta, situé à Shinjuku, représenté dans le maga. Depuis l’année dernière, cet immeuble n’existe plus. C’est pourtant un élément nostalgique qui évoquera des souvenirs à plein de personnes. Il est suffisamment iconique pour raviver cette nostalgie.
D’un autre côté, au Japon existent beaucoup d’effets de mode, des tendances qui changent assez rapidement. Cela peut concerner des lieux ou d’autres choses. Si on avait adapté le manga sans se préoccuper de ces tendances-là, les personnes aujourd’hui n’auraient pas pu s’y attacher ou se projeter dans l’anime, puisque justement, des tendances de l’époque paraissent aujourd’hui très démodées. Donc il fallait jongler entre les tendances de l’époque et actuelles tout en conservant cet aspect nostalgique et en le transposant sur des éléments plus contemporains.

Pouvez-vous nous dire ce qui, en tant que réalisateur, vous a particulièrement intéressé chez Kamenashi Kazuya ? 

Kenji Itoso : Lorsqu’on prépare une série, il est important de voir la totalité des œuvres qui ont été produites. Bien sûr, il y a le manga. Mais il y a également la série. Au fur et à mesure que je me documentais sur les Gouttes de Dieux, j’ai pris conscience que la seule personne qui pouvait interpréter ce rôle était Kamenashi Kazuya. J’ai eu de la chance qu’il accepte ma proposition. De la même façon que Kamenashi-san découvrait le doublage, Shizuku était également débutant dans l’apprentissage du goût du vin. Cette expérience, cette éclosion de connaissances autour du vin peut être mise en parallèle avec l’éclosion de la connaissance du doublage par Kamenashi-san. Je sentais qu’il y avait donc un excellent parallèle à faire autant sur le fond que sur la forme. Un point également important est que Shizuku est un fils de bonne famille qui a reçu une très bonne éducation, et qui est très élégant. Je ressentais également toute la prestance de Kamenashi-san. Il cochait donc toutes les cases pour remplir ce rôle. 

Monsieur Kamenashi, qu’avez-vous ressenti lorsque l’on vous a proposé d’être la voix de Shizuku après avoir interprété son rôle dans le drama ? 

Kazuya Kamenashi : C’était avant tout une très grande surprise car j’étais loin d’imaginer qu’on me demanderait d’interpréter à nouveau ce rôle-là. C’est comme si la roue du destin me rattrapait. Avoir la chance de réinterpréter ce rôle montre que j’ai un lien très fort avec Shizuku. 

 

À l’occasion d’une conférence de presse, le réalisateur Kenji Itoso et le doubleur Kamenashi Kazuya ont donné plus de détails sur les coulisses de la série animée…

Bonjour et merci d’être venus à Japan Expo. Tout d’abord, s’agit-il de votre première fois en France ?

Kenji Itoso : Pour ma part, j’étais déjà venu à plusieurs reprises en France, à l’occasion du festival de Cannes mais aussi pour faire des recherches et préparer l’anime Les Gouttes de Dieu. J’ai donc eu l’occasion de visiter plusieurs vignobles.
Kazuya Kamenashi : La première fois que je suis venu en France, c’était il y a vingt ans déjà. J’ai également fait un reportage lors des derniers jeux Olympiques en 2024. Dans ma sphère privée, je suis également venu avec ma mère.

Le manga original, publié entre 2004 et 2010 avait déjà été adapté en drama. Quelle a donc été votre approche lorsqu’il a été décidé d’en faire un anime ?

Kenji Itoso : Il faut comprendre que depuis que le manga est créé, le vin a subi des mutations. La valeur des différents vins a changé. Il est aussi plus facile de se procurer du vin du monde entier. Ce que j’ai constaté en regardant la série dans laquelle a joué Kamenashi Kazuya, c’est cette volonté de ne pas forcément mettre en avant cet autre monde à travers le vin. Ce qui m’a paru intelligent de mettre en avant via l’anime, c’est donc d’apporter toute la texture, la valeur du vin.

M. Kamenashi, est-ce difficile de faire du doublage pour la première fois ?

Kazuya Kamenashi : C’était ma toute première expérience, je découvrais le métier de A à Z en tant que novice. Mais j’ai eu la chance d’être très bien entouré par toutes les équipes qui étaient présentes, notamment celles qui m’ont enseigné à lire au mieux les sous-titres. C’est grâce à ces équipes que j’ai pu faire de mon mieux.

Avez-vous changé votre manière d’interpréter le personnage par rapport à votre rôle dans la série ?

Kazuya Kamenashi : C’est la façon de jouer qui a été vraiment différente. Lorsque je joue dans une série, je me fais une image du personnage, et c’est cette image qui s’adapte à mon jeu. Là, c’est tout l’inverse. L’image existe déjà et un temps m’a été donné. Je devais également interpréter des émotions prédéfinies et c’est là toute la différence. Aussi, je devais m’adapter au mieux à l’âge de Shizuku. J’ai donc dû prendre une voix plus aiguë. Dès que je rentrais dans le studio d’enregistrement, je m’échauffais la voix avec quelques exercices pour parvenir à poser la voix comme il le fallait.

Chaque épisode adapte un tome du manga. Y a-t-il une raison particulière pour laquelle vous êtes allé aussi vite ?

Kenji Itoso : En fait, c’est assez simple. Très rapidement, lorsque le projet a été préparé, nous avons décidé d’en faire 24 épisodes répartis en deux saisons. Il était aussi important de savoir comment nous allions travailler dans ce cadre que nous nous étions fixé. Avec les auteurs, nous nous sommes demandés à quelle vitesse nous allions travailler. Les auteurs nous ont proposé de travailler différemment au moment du traitement. Nous avons donc choisi de travailler un tome par épisode même s’ il fallait retirer certains éléments. C’est ce qui permet de se plonger complètement dans cet univers tout en traitant les douze épreuves.

Quel a été le moment le plus marquant lors d’une de vos sessions d’enregistrement ?

Kazuya Kamenashi : D’abord, ce sont ces changements d’émotions. Il a fallu passer des larmes à un “Bonjour !” très enjoué en quelques secondes ! On enchaîne les enregistrements et c’est cette flexibilité qu’il faut avoir en moins d’une minute qui est surprenante. Lorsque je me retrouvais en studio d’enregistrement avec une vingtaine d’autres doubleurs, je me disais qu’ils étaient incroyables. Les voir passer d’une émotion à une autre aussi rapidement m’a vraiment marqué ! Un autre moment aussi marquant était la fois où nous nous sommes retrouvés à devoir interchanger quatre micros dans une espèce de va-et-vient incessant. Ces changements en lisant nos scripts étaient assez amusants. Étant donné que nous interprétions une scène de fête, les équipes en fond s’amusaient à faire du bruit, des voix, des sons et c’était vraiment très entraînant !

Dans votre processus de réalisation, suivez-vous le manga original ou avez-vous la possibilité d’ajouter une touche créative plus personnelle ?

Kenji Itoso : Nous avons d’abord vérifié au préalable avec les éditeurs ce que nous étions autorisés à faire. Ils nous ont donné carte blanche, au même titre que pour la réalisation de la série télévisée. Mais je souhaitais suivre au maximum l’œuvre originale. Il y a certains éléments que j’ai pu couper pour l’adaptation mais concernant les nouveautés, on peut parler des épreuves originales qui en ont été agrémentées. Cela s’est fait grâce aux auteurs puisque ce sont eux-mêmes qui les ont créés. Sur l’aspect esthétique, on a fait en sorte que le personnage de Miyabi soit plus mignonne dans l’anime, plus jeune, qu’elle soit plus adaptée à l’animation. Nous avons aussi travaillé le son de façon différente puisque chaque scène a sa propre composition musicale, comme au cinéma.

Connaissiez-vous déjà le manga avant de travailler sur ce projet ? Quelle est sa force ?

Kenji Itoso : Oui, j’avais lu l’œuvre et j’en étais déjà très fan. J’étais cependant très loin d’imaginer que j’allais pouvoir adapter cette œuvre en anime un jour. Je connais également toutes les autres œuvres des auteurs puisque j’en suis fan depuis longtemps !

Est-ce que vous aimez le vin ? Avez-vous un cru favori ?

Kenji Itoso : J’ai appris à aimer le vin progressivement. En travaillant sur cet anime, j’ai appris à connaître et à apprécier le vin différemment. Dans cette découverte, j’ai ressenti un profond plaisir. En ce qui concerne mes préférences, j’aime les vins un peu plus doux même si mes choix restent assez larges.
Kazuya Kamenashi : J’adore le vin. Ce que j’aime aussi, c’est prendre un verre de vin blanc au lever du soleil. Particulièrement les Bourgogne, un pinot noir. C’est un petit plaisir.

Est-ce que les deux saisons ont prévu de couvrir tous les tomes ?

Kenji Itoso : Les 24 épisodes ne couvriront pas les 42 tomes mais je souhaite vraiment apporter une conclusion à la série.

M. Kamenashi, est-ce que votre historique d’acteur et de chanteur vous a aidé pour réaliser ce travail de doubleur ?

Kazuya Kamenashi : C’est vrai que cela est tout à fait utile pour m’aider sur la façon de travailler ma voix et de la poser.
Kenji Itoso : Kamenashi-san a toujours été très sérieux dans son travail tout en étant très raisonné. Au moment de doubler, lorsqu’on tourne les pages, il faut être capable de le faire sans bruit. Il y a toutes ces petites techniques à acquérir en tant que comédien de doublage au Japon. Et il n’a jamais eu honte de poser des questions, d’apprendre. C’est vraiment une chose que j’ai particulièrement appréciée.

Quel est votre sentiment à l’idée de rencontrer le public français et de présenter un anime qui met en vedette un produit qui fait partie de l’identité française ?

Kenji Itoso : Effectivement, d’un certain point de vue, il faut comprendre que cela est assez stressant pour la simple et bonne raison qu’une véritable culture du vin s’est constituée avec les vignobles et le temps. J’ai beaucoup de respect pour ça. J’aime beaucoup les pays européens, notamment la France. Même si c’est une œuvre réalisée au Japon, on va parler du territoire français. Certaines scènes se déroulent même en France et c’est avec un profond respect qu’on aborde ces thématiques.
Kazuya Kamenashi : J’ai vraiment hâte de rencontrer les fans français. C’est une œuvre très française en soit, puisque cela parle de la France. Le titre a aussi une symbolique très forte. Se retrouver face aux Français est alors une force.

En tant que Français, nous apprenons aussi beaucoup de choses sur le vin dans l’anime !

Kenji Itoso : C’est assez rassurant d’entendre cela ! Cela offre, même pour les novices, une belle ouverture sur le monde du vin.

La lumière et les couleurs ont une réelle importance. Comment avez-vous travaillé cela ?

Kenji Itoso : Tout à fait, ce sont des éléments très importants. Sur la couleur tout d’abord, il fallait travailler sur ce rouge qui est très particulier. Le vin n’est pas simplement rouge. Je voulais donner à la fois un aspect artistique et artisanal à l’anime et qu’il puisse être présenté partout. Il y a aussi un côté industriel. Pour apporter ces touches artistiques à l’anime, j’ai farfouillé sur le réseau social X et j’ai ciblé des profils d’artistes qui me plaisaient. Je leur ai alors envoyé des messages personnels pour discuter.

Comment fait-on pour passer du manga à la série puis à l’anime ?

Kenji Itoso : En fait, quand on parle de mangas au Japon, on va les distinguer en plusieurs catégories : les shojo, shonen et les seinen. Adapter un seinen en série télévisée avant de l’adapter en anime est très fréquent. Au-delà de se différencier de la série, l’intérêt de l’anime est de prendre davantage de plaisir à découvrir le monde du vin, un plaisir simple.

Pensez-vous que cet anime peut s’adresser aux personnes qui n’ont aucune connaissance de l’oenologie ?

Kenji Itoso : Oui indéniablement. Même une personne qui n’a aucune connaissance ou aucun intérêt pour le vin sera emportée par l’histoire. Elle sera happée par Shizuku, sa façon de communiquer et d’interagir avec les autres personnages. Il y a d’un côté un aspect très comique mais aussi un aspect très dramatique dans cette confrontation autour du vin. Les spectateurs vont apprécier ce voyage autour des différents cépages. C’est une réussite si ils parviennent à s’intéresser à cet univers-là. Les gens vont être plongés dans les relations très intenses entre les personnages.
Kamenashi Kazuya : Le message que je voudrais transmettre à travers cette œuvre-là, c’est que le vin est très humain : ses couleurs, ses relations entre les cépages. C’est une histoire corrélée au relationnel humain. Même les personnes qui ne connaissent pas le vin peuvent s’intéresser aux relations humaines profondes. De la même façon qu’un vin vient de la même terre, d’un même vignoble, des humains peuvent avoir les mêmes parents mais des frères et sœurs ne sont pas forcément identiques. Malgré l’origine commune, on peut se transformer. On dit aussi souvent qu’un bon vin est une bonne compagnie. Le vin crée et fédère du lien. Même si certaines personnes ne boivent pas, elles peuvent se réunir autour
du vin. Un vin est un peu comme l’humain.

Pour conclure, avez-vous un mot à adresser au public français ?

Kenji Itoso : Tout d’abord, je souhaite vous dire que vous allez avoir l’impression dans les épisodes 6 et 7 que les histoires sont très lourdes en émotions. Issei va se rendre dans le désert et une chose se produira, transformant alors son regard, sa relation avec Shizuku et son personnage. Le vin est le socle, la première dalle de l’histoire. Mais au fond, il va y avoir tout ce rapport aux relations humaines. Je souhaite que des mois plus tard, vous ayez toujours en tête votre rencontre avec les personnages. Ce qu’il est aussi important de comprendre, c’est qu’on a une scène importante, celle où on gravit une montagne. Il s’agit d’un élément très important. Je me consacre corps et âme à la réalisation de ce projet.
Kamenashi Kazuya : Présenter cette œuvre aux Français est un sacré défi. Mais je ne doute pas que cette alliance avec la France et ce titre qui parle de la France va donner naissance à un magnifique parfum !

Un grand merci aux talents, aux équipes de Crunchyroll et Japan Expo pour cette
opportunité.
Interview réalisée en collaboration avec KAvenyou et Nautiljon.
Photo ©Tadashi Agi/Shu Okimoto, Kodansha / The Drops of God Anime Production Committee

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