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[CULTURE] Hong-Kong et le gouvernement chinois sous tension : pourquoi un tel conflit ?

« Un pays, deux systèmes », c’est la formule adoptée à la suite de la rétrocession de Hong Kong à la Chine par la Grande-Bretagne, en 1997, après des décennies de colonisation, avec le Hui Gai, ou les accords Handover.

Pourtant, ce crédo n’a jamais été autant plus mis à mal qu’aujourd’hui, alors que la tension entre le gouvernement de Pékin et le peuple Hongkongais ne cesse d’augmenter, allant même jusqu’à profondément inquiéter les experts et autres nations, impliquées d’une manière ou d’une autre dans un conflit qui oppose un gouvernement socialiste unique en son genre et la région administrative spéciale et libérale qu’est Hong Kong.

Le séparatisme est aujourd’hui à son paroxysme, et le peuple Hongkongais est bien décidé à mener des opérations coup de poings pour contrer l’offensive du gouvernement Hongkongais, soutenu de toute évidence par le pouvoir de Pékin.

Hong-Kong, considéré comme le vilain petit canard à maîtriser par la Chine, a toujours eu cette identité propre : considérée comme une « région chinoise occidentale », Hong Kong est depuis quelques mois secouée par des révoltes qui rassemblent de plus en plus de partisans. Les casques jaunes-t-shirt noirs tentent alors de paralyser l’économie de la région, berceau d’un libéralisme brut, de répondre de leurs droits et surtout de dénoncer cette répression jamais vue auparavant répondant aux procédures et modes d’actions d’un gouvernement aux antipodes des volontés de peuple.

A l’origine de ces tensions, la goutte d’eau qui a fait débordé le vase, une loi d’extradition que la dirigeante du gouvernement de Hong-Kong Carrie Lam a envisagé avec la Chine et qui remet en question les libertés fondamentales d’un peuple révolté et fatigué de toute tutelle.

Si la situation inquiète autant, c’est parce que depuis quelques années, Hong Kong est en ébullition face aux initiatives prises par un gouvernement –loin de représenter les citoyens- qui obéit et répond aux directives chinoises, quitte à ignorer totalement la fragmentation sociale dans laquelle est plongée la péninsule. La montée des mouvements radicaux et indépendantistes à HongKong et l’impéritie du régime Chinois qui campe sur ses positions ne peuvent que témoigner de la gravité de la situation et du besoin urgent d’agir pour éviter l’implication d’autres nations et les mesures extrêmes, à priori inévitables..

Pour ceux qui n’auraient pas tout compris au conflit, on vous explique dans l’article suivant pourquoi la situation fascine autant qu’elle inquiète !

Hong-Kong ou la revendication d’une identité 

Sans refaire l’histoire de Hong Kong, il faut revenir à sa rétrocession en 1997 pour comprendre l’une des sources du problème. Alors que la Grande-Bretagne continue d’affirmer son emprise sur Hong-Kong, elle comprend très vite que la Chine, une des futures puissances, souhaite récupérer son joyau, devenu l’un des dragons économiques de la planète. Ainsi, dès 1994, Margaret Tatcher et Deng Xiapoing entament des discussions, aboutissant à une première déclaration, la British Joint Declaration suivie de la Basic law. C’est en 1997 que Hong Kong est rétrocédé à la Chine, avec les accords de Handover. Pour autant, Hong Kong n’est pas un territoire totalement chinois : elle adopte le nom de “région administrative spéciale”. Hong Kong est libre en termes de directives économiques, politiques (sous réserve d’un contrôle de l’état) et sociales, et, ce jusqu’en 2047, lorsque les accords prendront fin et que Hong Kong sera pleinement intégrée à la Chine.

Démocratie et berceau du libéralisme, Hong Kong rentre alors en contradiction avec les principes politiques de la Chine, plus proches d’un socialisme et d’un communisme moderne ouvert sur un commerce international. En fait, le problème, c’est que Hong Kong est passée d’une tutelle britannique à une tutelle chinoise, sans réellement pouvoir s’affirmer.

Devenu l’un des principaux centres financiers et l’une des principales économies de service de la planète avec une révolution profonde du climat économique après la crise des dragons en 1997, Hong Kong a toujours revendiqué une identité propre, trop souvent écrasée par des systèmes politiques forts, autoritaires : progéniture d’une ère victorienne monarchique et d’un système colonial typique à une politisation maoïste à contre-courant, l’administration politique a eu du mal à rester fidèle à son peuple, qui a toujours tenté de se battre pour le “Wan Zing Yu Min”, le pouvoir au peuple.

Par conséquent, les Hongkongais n’ont jamais réellement eu ce droit de parole politique, malgré une vertu du citoyen qui tend à prendre de l’ampleur depuis quelques années et malgré une culture de la contestation qui fait partie intégrante de la société et de l’identité hongkongaise. Bien qu’il reste sur une ligne de pensée démocratique, le gouvernement de Hong-Kong s’est toujours attiré les foudres de son peuple. Il suffit de voir l’impopularité de certaines figures politiques, dont Tung Chee Hwa désigné dans un premier temps par Pékin en 1997 avant d’être forcé à la démission. Le peuple Hongkongais ne souhaite qu’une chose : des représentants fiables, qui ne sont pas soumis à la pression de Pékin.

Le motto du peuple Hongkongais, c’est le maintien de ses droits fondamentaux, de la liberté, de l’égalité et de la démocratie, qui s’exprime par une liberté de la presse, un droit de grève, une économie façon Hong-Kong et une justice propre.

En fait, Hong-Kong est une terre de contrastes. En plus d’être une terre de privilèges, c’est un milieu d’inégalités. Derrière sa façade de paradis fiscal, Hong-Kong cache en réalité une dure réalité, des disparités socio-économiques, avec un peuple profondément marqué par un déséquilibre, d’où la fragilité et la hausse de tension lorsqu’une circonstance extérieure vient s’ajouter à la liste des problèmes. Les grattes-ciels, centres financiers et grand malls de l’île de Kowloon côtoient les maisons-cages du peuple natif d’Hong Kong qui prend en plein visage le revers de cette fusée économique et qui subit le manque de place. En plus de ça, l’immigration de la haute société chinoise de Shanghai ne cesse d’augmenter, de quoi alimenter les troubles.

La jeunesse d’Hong Kong, pourtant loin des souvenirs d’une époque coloniale, veut apporter un nouveau souffle à Hong Kong, et s’étonne devant l’inaction des politiciens quant à l’avancée de Pékin. Cette jeunesse qui se sent donc abandonnée, n’en n’est pas à son premier coup d’essai et cultive une tendance à la manifestation qui rappelle davantage des pratiques occidentales, d’où l’irritation permanente du gouvernement chinois qui voit en Hong-Kong un nid de la déviance et de l’individualisme.

En 2003 par exemple, plus de 500 000 personnes ont manifesté dans les rues pour empêcher l’application de la loi contre le crime d’atteinte à la sûreté de l’Etat, qui appelle généralement à des méthodes de censure contre des journalistes trop tatillons, alors que Hong Kong tient à cette liberté de la presse. La même année, Pékin et Hong Kong signe la CEPA, l’accord de coopération économique. Encore une fois, Pékin avance ses pions sur un plan économique, là où Hong Kong souhaitait se tenir à distance.

En 2012, un mouvement étudiant éclate pour s’opposer à l’instauration de cours d’éducation patriotique, le signe d’un devoir envers l’Etat et d’un désir de convertir les lignes de pensées Hongkongaises à une idéologie plus continentale.

Alors que le peuple de Hong-Kong crie à l’abandon, c’est à l’évidence la Révolte des parapluies en 2014 qui marque une rupture entre le gouvernement Hong-Kongais et le peuple. Le dialogue n’est plus possible, et des manifestants pro-démocrates décident d’occuper la place Central pour réclamer l’abandon du projet du gouvernement de limiter la portée du suffrage universel pour les élections de 2017. Si cette réforme électorale a échoué -en 2017 c’est la cheffe de exécutif actuelle Carrie Lam qui a été élue par un collège électoral de près de 2000 membres, pour la plupart décisionnaires chinois-, elle a tout de même réussi à marquer les esprits et à faire bouillir les pro-démocrates de l’île.

Des contestations et affrontements sans précédents : un peuple incompris face à un pouvoir répressif 

La goutte d’eau qui a fait débordé le vase ? C’était début juin, lorsque “la favorite de Pékin” a annoncé le projet de loi d’extradition. L’extradition, c’est un terme juridique pour désigner le rapatriement et le jugement d’une personne qui a commis un crime sur un territoire particulier. Toutes les nations opèrent ces lois en fonction d’accords. Comment expliquer une telle réaction ?

Accepter ce projet de loi signifierait appliquer la justice chinoise à un citoyen de HK dans le cadre d’un crime. Pour les citoyens de Hong-Kong, c’est encore une progression de la Chine dans un cadre qui n’avait pourtant jamais été touché : la justice. Cette loi signifie que le gouvernement de HK et le gouvernement de Pékin commencent d’une certaine manière à fusionner l’un avec l’autre, à tel point que les libertés fondamentales qui diffèrent d’un peuple à l’autre se verraient totalement niées pour préférer l’application d’un système judiciaire répondant exclusivement aux directives de Pékin.

Evidemment, priver un peuple de droits fondamentalement acquis est le meilleur moyen de provoquer hostilité et réclamations. Depuis juin, le peuple Hong-Kongais manifeste, vêtu de casques jaunes et de t-shirt noirs. Le mouvement a d’abord pris forme avec les étudiants, mais sa particularité et ce qui est exceptionnel est la manière dont il s’organise. Le 16 juin, près de 2 millions de personnes se sont réunies dans les rues et depuis deux mois les réunions s’enchaînent, soutenues aussi bien par des étudiants et des intellectuels que par des employés du secteur financier, et même de la fonction publique, qui prend le risque de “trahir” l’état, c’est dire à quel point l’hostilité à l’égard du gouvernement qui déclare être prêt à sévir est puissante.

Le monde assiste non seulement à des épisodes sans précédents, avec les premières grèves générales organisées depuis 50 ans mais aussi à une violence et à des affrontements rares pour Hong-Kong.

Au début très pacifiste, le mouvement s’est confronté à une violence policière désormais assimilée par les Hong-Kongais à une tentative de répression “à la chinoise”. Les partisans du mouvement veulent frapper fort en agissant directement sur l’économie de l’île avec une paralysie du réseau de transports, un boycott ou même une tentative de gel de l’économie.

Dans la rue, alors que les arrestations s’enchaînent et que la faille s’élargit, la population a les mots “droit” et “injustice” à la bouche. Elle appelle le gouvernement à “redonner le pouvoir au peuple et à répondre aux demandes des citoyens de Hong-Kong”. D’une certaine manière, le peuple veut la destitution de Carrie Lam. Pékin feint l’ignorance et se concentre davantage sur la naissance d’une branche radicale du mouvement. Alors que pour Carrie Lam, la revendication concernant la loi des fugitifs n’est qu’une excuse – “si l’on continue d’autoriser ces manifestants violents à faire usage du projet de loi […] Hong-Kong sera poussée à la limite d’une situation très dangereuse”, l’un des décisionnaires chinois Yang Huang évoque clairement la menace d’une intervention musclée : “Cela doit être très clair pour le tout petit groupe de criminels violents et sans scrupules et les forces répugnantes qui se cachent derrière eux : ceux qui jouent avec le feu périront par le feu”.

Le gouvernement chinois veut opter pour une politique de “zéro tolérance” à l’égard de ces groupes radicaux violents et laisse même les autres nations craindre l’idée d’une potentielle intervention de l’armée. Stéphanie Balme, invité d’une émission sur Europe 1 et chercheuse spécialiste a étudié cette possibilité et a parlé de la loi martiale qui prévoit ” un système judiciaire d’exception, et l’armée populaire qui viendrait remplacer la police pour maintenir l’ordre”.

Hong-Kong, la Chine et le reste du monde 

Hong Kong est loin d’avoir gagné le conflit. Des deux côtés, personne ne veut se soumettre et risquer de laisser champ libre à l’autre. Alors que les nations se questionnent sur l’acceptation des revendications de Hong-Kong ou au contraire le refus clair de Pékin, qui pour les catastrophistes, laisserait présager le pire, il faut comprendre que ce conflit s’étend au delà même de la région.

Lié par le Handover Agreement de 1997 et la Joint Declaration, la Grande Bretagne doit nécessairement aider de manière éthique et légale le peuple hongkongais à se battre pour sa liberté. Mais quand devra t’elle agir ? C’est la question que tout le monde se pose, parce qu’alors, à l’heure actuelle, le gouvernement chinois à été clair sur l’intervention des nations du monde : le diplomate Yang Jiechi a ordonné aux Etats-Unis d“‘immédiatement cesser d’interférer dans quelconque affaires de Hong-Kong”.

Pour le cas de la Grande Bretagne, c’est autre chose, puisque juridiquement, elle est en droit d’intervenir. Mais son implication attire nécessairement d’autres problématiques, qui mettraient en péril les relations diplomatiques sino-anglaises. Hong Kong dans le monde possède une situation vraiment particulière d’où l’inquiétude constante : joyau et niche de l’économie, l’île est pour la Chine un emblème de sa puissance et un tremplin solide vers la scène internationale, d’où l’ambition du gouvernement chinois de calmer les tensions et prouver son gain de terrain vers un contrôle total de HK.

Les experts n’omettent pas la potentielle implication du gouvernement japonais, qui, ces derniers-temps, s’est considérablement rapproché de son voisin chinois. En fait, ce n’est pas la première fois que la Chine attire les regards sur sa manière de gérer des régions qu’elle revendique. Pour dire, Taiwan soutient les Hong-Kongais et n’hésite pas à se déplacer aussi dans les rues. Côté Asie du Sud-Est, Singapour, véritable allié et rival économique pour HK, affiche aussi clairement son soutien au peuple.

Vers la prise de pouvoir d’un mouvement indépendantiste ? 

Hong-Kong, au centre des attentions depuis quelques jours attire l’œil sur les potentielles prémices d’une revendication pour l’indépendance totale de l’île. Même si le mouvement est loin de faire l’unanimité, les politologues, sociologues et économistes pensent qu’à long terme, cette possibilité n’est pas à mettre de côté. Au bord de la rupture, alors qu’il lui reste encore 28 ans pour ne pas être totalement engloutie par la Chine, Hong Kong verra t’elle des mouvements indépendantistes émerger jusqu’à former des coalitions politiques fortes, susceptibles de renverser le gouvernement  ?

En effet, ce qui laisse planer le doute c’est que le mouvement prend cette fois-ci énormément d’ampleur, et que l’activisme est conduit par une jeunesse forte, organisée cette fois-ci, loin des mouvements autonomistes fragmentées. Mais à l’heure actuelle, le risque d’une révolte indépendantiste est encore faible. Hong Kong est apte à s’auto-suffire sur un plan socio-économique puisque l’île est déjà l’une des places les plus bouillantes et actives sur la scène internationale, mais côté politique, il faudrait des forces suffisamment puissantes pour pouvoir renverser le gouvernement actuel d’Hong Kong, bien trop proche des directives chinoises et pour être apte à faire front au géant de Xi Jinping...

Sources images : parismatch, ouestfrance, 20minutes, metro, theatlantic

Sources : métro, newyorktimes, lefigaro, Stéphanie Balme et Richard Balme – Hong Kong, la Chine et la Démocratie

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