Home CultureConventions [INTERVIEW] Shō Kiryūin (Golden Bomber), l’art et la manière de surprendre le public

[INTERVIEW] Shō Kiryūin (Golden Bomber), l’art et la manière de surprendre le public

by LucileMusique

To read the English version, click here!

Dans le paysage du rock japonais, rares sont les groupes qui ont fait de l’absurde une véritable philosophie artistique. Golden Bomber en est sans doute l’exemple le plus éclatant. Depuis plus de vingt ans, le quatuor défie toutes les conventions en revendiquant fièrement son statut d’« air band ». Les instruments sont mimés, les performances tiennent autant du concert que du spectacle comique, et chaque apparition est l’occasion de repousser un peu plus les limites du n’importe quoi… avec un sens du timing et de la mise en scène redoutablement efficace.

À la tête de cette joyeuse entreprise de démolition des codes musicaux se trouve Shō Kiryūin, chanteur, auteur-compositeur et maître de cérémonie d’un univers où l’autodérision côtoie une créativité sans bornes. Derrière les gags, les cascades improbables et les opérations promotionnelles devenues légendaires se cache pourtant un artiste qui n’a jamais cessé de réfléchir à la manière de surprendre son public.

Invité de Japan Expo 2026, quinze ans après le passage remarqué de Golden Bomber en France, Shō Kiryūin est venu retrouver un public français dont il garde un souvenir particulièrement enthousiaste. Entre humour, sincérité et réflexions sur une carrière bâtie à contre-courant de l’industrie musicale, il revient avec nous sur l’incroyable aventure Golden Bomber, en exclusivité.

Bonjour, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs qui pourraient ne pas encore vous connaître ?

Bonjour, je m’appelle Shō Kiryūin. Je suis le chanteur de Golden Bomber, un groupe japonais qui ne joue pas vraiment de ses instruments. 

Comment vous est venue l’idée de créer ce groupe au concept aussi unique ? 

On a créé Golden Bomber entre amis. Mais on n’avait absolument aucun talent pour la musique ! On a essayé de jouer de vrais instruments au début, mais nous n’étions tellement pas à l’aise que nous avons fini par abandonner. On a donc demandé à des musiciens de jouer à notre place, et nous utilisons leurs enregistrements musicaux pour nous produire.

Est-ce qu’un tel concept vous a plutôt ouvert ou fermé des portes ? 

Je dirais que ça nous a fermé des portes. Comme nous ne jouons pas vraiment de nos instruments, nous ne sommes par exemple jamais mentionnés dans des revues musicales. Nous sommes en quelque sorte isolés du reste du monde de la musique. En revanche, grâce à notre concept, nous n’avons pas de grands besoins en termes de matériel. (Rires.) Par exemple, une fois, un de nos membres a oublié sa basse. Il a donc simplement emprunté la guitare d’un musicien qui travaillait dans le même studio que nous. 

Est-ce que le concept d’« air band » peut évoluer ? 

C’est génial le « air band », d’abord parce que ça coûte moins cher ! (Rires.) Et on peut vraiment prendre le temps de s’entraîner à faire autre chose que la musique en elle-même. Au début, on pensait que le concept d’« air band » deviendrait une mode mais rapidement, on s’est aperçus que personne n’a suivi le mouvement. Je pense que ça doit être un peu gênant ou honteux pour des musiciens, de ne pas vraiment jouer. On est un peu vus comme des personnes barrées. Selon moi, le « air band » n’a ni évolué, ni régressé au cours de notre carrière. C’est une discipline que n’importe qui peut commencer dès demain, donc je la recommande à tout le monde. 

Après plus de vingt ans de carrière, quel est votre secret pour continuer de porter la voix de l ‘« air band » dans le monde de la musique ? 

La chose à laquelle je fais le plus attention, c’est mon iPod nano, c’est un cinquième génération. C’est le seul outil sur lequel je garde nos enregistrements, donc je ne peux pas le perdre ou ne plus avoir de batterie !

En 2017, vous avez donné un concert de 8 secondes pour promouvoir le single Deatte 8-byo, et ça avait beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux. Avez-vous d’autres idées folles de ce style ? 

J’essaie toujours de réfléchir à des promotions atypiques. J’aime beaucoup surprendre, comme on l’avait effectivement fait avec le concert de 8 secondes. La génération actuelle est plus tournée vers le numérique, on vend moins de CD qu’avant. J’ai donc déjà proposé à notre agence de vendre des CD avec uniquement la boîte, sans le disque à l’intérieur. Malheureusement, ça m’a été refusé. (Rires.)

Vous êtes déjà venu avec Golden Bomber à Japan Expo en 2011, quel souvenir en gardez-vous ?

J’étais très content de découvrir le public français, parce qu’il est bien plus énergique qu’au Japon. J’ai vraiment ressenti tout son enthousiasme et son énergie. Même les personnes qui écoutaient de la musique japonaise sans connaître Golden Bomber ont vraiment sauté et mis l’ambiance, ce que je n’ai jamais vu au Japon. J’en étais très content et surpris, je n’imaginais pas le public français aussi chaud. 

Pour cette édition de Japan Expo, vous êtes venu sans les membres de Golden Bomber. Comment se sont passés les préparatifs cette fois ? 

Ça s’était bien passé il y a quinze ans quand j’étais venu en groupe, mais je pense que le concert de Golden Bomber était un peu trop complexe pour être amené en France. Cette année, je suis seul et le show sera simplifié par rapport à la dernière fois. Je vais pouvoir transmettre l’énergie de Golden Bomber au public français tout en le rendant plus accessible aux gens qui ne connaissent pas du tout le groupe. 

Pour conclure cette entrevue, avez-vous un mot à faire passer aux fans français ? 

D’abord, je tiens à m’excuser auprès d’eux, d’avoir mis autant de temps à revenir en France. Cela fait déjà quinze ans ! Ce retour en France se passe à merveille et je profite bien de Japan Expo pour revoir les fans français. Je vous jure que je reviendrai très prochainement ! 

Un grand merci à Shō Kiryūin et aux équipes de Japan Expo pour cette entrevue ! 
Interview réalisée en collaboration avec KAvenyou et Nautiljon. 

You may also like