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[Interview & Live-Report] Rencontre avec Umewaka Motonori

Comme nous vous avez pu le voir sur les réseaux sociaux, notre équipe était présente du 24 au 26 février sur le Japan Tours Festival 2017 ! A cette occasion nous avons pu faire de très nombreuses rencontres, bien qu’assez différentes de notre domaine de prédilection qu’est la musique.
C’est d’ailleurs avec un très grand plaisir et beaucoup de curiosité que nous sommes allées à la rencontre de Umewaka Motonori, artiste de théâtre Nô.
Dans une première partie nous vous proposons d’en découvrir plus sur cet homme et son art avec une interview, puis nous vous parlerons des autres moments où nous avons pu le croiser sur le festival.

C’est parti pour l’interview !

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Bonjour ! Pourriez-vous vous présenter ainsi que votre art ?

Je m’appelle Umewaka Motonori. Je suis professeur de Nô. Le Nô est une danse traditionnelle qui est née au 14ème siècle, à l’époque Muromachi.
Depuis très longtemps, je fais du Nô et je le transmets aux autres.

A quel âge avez-vous commencé à pratiquer ?

J’ai commencé à l’âge de 2 ans et je suis monté sur scène la première fois à trois ans.
Au début je n’ai pas choisi de faire du Nô, mes parents m’y ont obligé puisque c’était une tradition familiale.
Et de temps en temps je ne voulais plus du tout en faire.
Mais à chaque fois je vois de nouvelles personnes, et je vis de nouvelles expériences dès que je monte sur scène, donc finalement je suis très heureux de faire du Nô et d’avoir continué dans cette voie.

Vous êtes un descendant de la lignée Umewaka ; ressentez-vous la pression de vos ancêtres sur vos épaules ?

Que ce soit privé ou professionnel, je ne mélange pas le deux. Donc je ne sens pas vraiment cette pression puisque je ne mélange pas mes émotions à ce sujet.

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Que ce soit au Japon ou ailleurs, quel intérêt porte les jeunes générations à cet art ?

Récemment, bien que le Nô avait perdu en popularité, il a reconquit le public. Le fait de sentir qu’on perd quelque chose fait peut-être prendre conscience aux gens qu’il faut le récupérer. Dernièrement les jeunes s’y intéressent.
Ce sont surtout les japonais qui s’ouvrent au monde et qui veulent ou vont voyager qui se rendent compte qu’ils ne seraient pas capables d’expliquer à des étrangers leur culture et leurs traditions. C’est à ce moment que beaucoup veulent apprendre.
C’est aussi pour ça que parfois je rencontre des français qui en savent beaucoup plus que certains japonais. Quelques fois quand j’interviens en France, il y a des français qui me demandent des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé. Par exemple, des personnes recherchent en amont l’histoire des acteurs et réalisateurs afin de comprendre leurs choix et actions. Un certain nombre de japonais n’ont pas cette culture et ce réflexe. L’intérêt des français va donc être différent et les questions aussi.
Je pense que les européens regardent le théâtre d’un nouvel œil.

Peut-on dire qu’il y a eu une évolution du théâtre Nô ?

Le théâtre Nô existe depuis le 14ème siècle, c’est donc un art très ancien. Au début c’était un théâtre qui était destiné aux shoguns et aux samouraïs. Depuis le 14ème siècle je pense que le Nô s’est vu attribuer de plus en plus de règles. C’est devenu beaucoup plus stricte au fil du temps.
On pourrait le comparer au sport ; il y a beaucoup de règles qu’on ne peut pas dépasser. Comme les chaussettes que nous portons à présent :  nous sommes obligés de les porter depuis le 16ème siècle.

Quel est votre ressenti vis-à-vis du public français ? Comment pourriez-vous le qualifier en comparaison avec le public japonais ?

Les français regardent le théâtre de manière directe.
Dans le théâtre Nô, les paroles que nous utilisons sont du japonais très ancien. Mais les français ne connaissent pas la langue et ne s’arrête pas uniquement là.
Par exemple quand vous écoutez de la musique dans une autre langue comme en anglais, même les personnes qui ne comprennent pas l’anglais vont écouter et apprécier la musique. C’est pour cela que les français regardent le théâtre Nô d’une autre façon et l’apprécie en tant que tradition japonaise.
Alors que les japonais de leur côté, puisqu’ils se disent que c’est dans leur langage, parfois ça bloque. Ils n’essaient pas de voir autre chose dedans. Et certains japonais considèrent même que le Nô est quelque chose réservé à une élite comme on pourrait le dire de l’opéra en France. Cela vient sûrement du fait que lors de sa création il était réservé au shogunat.

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Vous avez déjà réalisé plusieurs performances en France. Qu’est-ce qui vous plaît dans les représentations françaises ?

Je suis venu à Paris pour la première fois il y a 30 ans. Depuis je suis venu au moins une dizaine de fois. Ce qui me plait c’est d’avoir un spectateur attentif à ce que je fais. Sincèrement, les français sont les personnes qui me regardent vraiment le mieux.

 

Vous collaborez sur d’autres projets avec des artistes de musique classique ou encore de théâtre contemporain. Qu’est-ce qui vous motive à travailler sur ce genre de projets ?

J’ai eu l’occasion de faire du jazz et du classique, vraiment de nombreuses choses.
J’aime faire ce genre de collaborations pour voir jusqu’où le Nô peut aller. Comment on peut le mêler à d’autres danses, d’autres genres musicaux et d’autres cultures. J’aime voir comment ça peut coller, c’est juste des tests personnels en quelque sorte.

C’est la première fois que vous venez à Tours, qu’est-ce que vous pensez de cette ville ?

Oui, c’est la première fois que je viens. Je n’ai pas vraiment eu le temps mais j’aimerai beaucoup visiter et voir les châteaux de la Loire.

Suite à cette interview, il nous a présenté les deux masques qu’il a utilisé plus tard dans la journée pour sa représentation. Le premier est un masque féminin, et le second le masque du lion. Il est important de ne pas toucher le masque à la main, et de seulement le prendre sur les côtés où il y a deux petits trous qui permettent de fixer la petite corde pour ensuite maintenir le masque sur le visage. La seconde chose importante est de saluer le masque avant de le mettre sur son visage.

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Nous avons donc pu tester les deux, et je vous avoue qu’on ne voit pas grand-chose ! On voit mieux avec le masque du lion puisque les trous pour les yeux sont légèrement plus gros mais ça reste très limité.

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Nous l’avons croisé sur scène pour le spectacle mettant en valeur plusieurs arts traditionnels.

Il a été suivi par TAKAMI Takeru et Reigo qui nous ont présenté un spectacle rythmé et en synchronisation.

Et pour finir un peu de Kabuki qui est aussi un théâtre traditionnel japonais mêlant danse, chant et technique, avec Senju Einojo dans le rôle du Lion.

A la fin de ce spectacle, tous les artistes sont finalement revenus sur scène pour saluer, puis dans le public pour prendre une photo souvenir :

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Nous avons de nouveau profité du savoir et de la passion dévorante de Umewaka Motonori lors d’une conférence le dimanche après-midi.

En s’appuyant sur un DVD dont il a été le directeur, il a expliqué au public présent les fondements du théâtre Nô. Il a notamment parlé des masques : chose très intéressante, ces derniers ne sont pas symétriques ! Les expressions du visage changent en fonction de l’inclinaison du masque. En l’inclinant vers le bas, on obtient un visage triste : en l’inclinant vers le haut on distingue un visage heureux. Il est donc important de ne pas trop bouger la tête pendant une performance. C’est pour cela que les artistes du théâtre Nô marchent en faisant glisser leurs pieds sur le sol.

Il a ensuite montré deux éventails différents : l’un dont les bâtons en bois sont de couleurs noirs est utilisé par les femmes et le second gardant sa couleur bois par les hommes.

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Cette petite conférence a permis à de nombreuses personnes (la salle était en effet bien remplie) d’en découvrir plus sur cet art mais aussi d’essayer les masques et de marcher avec, non sans difficulté !

Umewaka Motonori, un homme passionnant et passionné, qui aime partager sa passion qui est aussi son métier, que nous espérons revoir avec toujours autant d’étoiles dans les yeux. Si vous avez l’occasion de le croiser, foncez sans hésitation !

 

Merci beaucoup à Umewaka Motonori pour son temps et ce bon moment de de partage.
Merci aussi à Charlotte Naudin, toujours prête à réagir en toute situation.
Et pour finir, nos remerciements à l’association Hinode pour l’organisation de la partie traditionnelle du festival et la traduction de l’interview.

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